|
Sauvetage d'un boîtier en bakélite, par Lucien Gratté.
Extrait d'un bulletin du Club
La bakélite a été très utilisée
dans les appareils d'entrée de gamme. C'est un matériau
qui se moule parfaitement et est susceptible de prendre un beau
poli. Les " designers " des années 30 à
50 ont su jouer avec les formes pour accrocher la lumière,
surtout avec la bakélite noire, et donner un peu de "
classe " à des boîtiers modestes. Malheureusement,
ce matériau est fragile au choc.
Il y a peu d'intérêt d'effectuer une réparation
sur un appareil courant, genre Ultra-Fex ou Photax. Par contre,
j'ai acquis un Lumireflex qui, accidentellement, a été
cogné et a perdu un petit morceau évidemment introuvable
.
Le Lumireflex
est un 6x6 bi-objectif (rareté 4 pour Vial), pourvu d'une
optique Lumière Spector 4,5 de 80 mm de focale, couplée
par un engrenage à l'objectif de visée, dispositif
adopté sur d'autres appareils comme les Aiglon Reflex ou
les Atoflex. Il est pourvu d'un obturateur Atos II au 1/300e. Il
est commercialisé vers 1956. Le boîtier est le classique
boîtier ATOMS, qui a été décliné
en plusieurs marques, mais Lumière a eu la très mauvaise
idée de le mouler en bakélite noire, avec tout ce
que cela implique en termes d'image pour l'appareil.
De ce fait, il a été un échec commercial. La
prévention des clients n'était pas que de principe,
puisque ce matériau, allié à un mauvais dessin
de l'arrière du boîtier, a été à
l'origine du problème que j'ai connu. Vu la rareté
de l'appareil, la tentative de restauration était justifiée.
La difficulté était la faible épaisseur (2mm)
du morceau cassé, donc une surface de contact réduite
entre la zone de cassure et le matériau de substitution.
En préalable, j'ai rafraîchi et agrandi la surface
de cassure. Le principe consiste à faire un petit moule dans
lequel on injecte de la résine époxy. Le moule a été
fait à partir de cartes genre cartes téléphoniques
,
par empilement jusqu'à obtenir l'épaisseur de la feuillure.
Il faut être très rigoureux tant dans l'épaisseur
de cette première partie du moule que dans son profil en
regard du boîtier, car la résine époxy, très
fluide, a tendance à s'infiltrer et à coller le moule
au boîtier. La deuxième partie du moule a été
tirée d'une équerre en Plexiglas bon marché
(non installée sur la photo). Il faut absolument mettre un
agent démoulant sur les parties du moule en contact avec
la résine. On m'avait conseillé de la cire mais, faute
de mieux, j'ai fait avec du cirage à chaussures. Ça
marche. La résine époxy, qui est naturellement de
couleur ambrée, a été colorée avec un
pigment. Pour éviter des problèmes de compatibilité,
il faut prendre un pigment minéral (oxyde de fer). A éviter
le noir de fumée ou le noir de vigne, qui sont des pigments
organiques. Très peu de pigment suffit à obtenir un
beau noir foncé. Il est préférable de mélanger
le pigment à la résine seule. Avant la coulée,
ajouter le durcisseur. Remplir la zone en creux dans le moule et
attendre la polymérisation (un essai préalable est
indispensable pour observer le comportement du matériau).
En dessous d'une certaine température, la polymérisation
est très longue. Il faut donc éviter de travailler
en dessous de 20°C. Au bout de quelques heures, si la dureté
de la résine est satisfaisante, on peut démouler.
La résine se travaille avec des moyens conventionnels : lime,
papier de verre... .
On finit la surface au papier 400 ou 500 à l'eau, et un
ultime polissage au Miror. La restauration est quasiment invisible.
Nota. Les restaurateurs de voitures anciennes connaissent ce genre
de problème, sur des pièces souvent plus massives.
Ils utilisent alors l'Araldite à prise lente dans laquelle
ils insèrent du charbon broyé en poudre.
Bibliographie.
Vial, Bernard (1991) : Histoire des appareils français. 2eme
édition. Maeght Editeur, p. 51.
Remerciements à Jacques Dubs, joaillier à Bordeaux,
qui m'a suggéré le mode opératoire et fourni
les matériaux.
Légende des illustrations :
photo 1. La partie cassée avant restauration.
photo 2. Une partie du moule.
photo 3. L'angle restauré, avant polissage.
Lucien Gratté
|